Mélusine se promène...

07 mai 2018

Le phare du bout de mon monde...

Je ne l'ai pas vu depuis l'automne mais j'ai pensé à lui tous les jours.

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Demain, je le retrouverai comme on retrouve un vieil ami...

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Il me tarde d'accoster sur mon caillou bien nommé pour quelques jours au paradis, même s'il est vrai que c'est loin d'être l'enfer ici. 

Le retour du printemps m'a sorti de ma phase "d'hivernation sociale". Fidèle à mes sales habitudes, je me suis ralliée au clan des cigales qui chanteront, danseront et trinqueront tout l'été sans se retrouver vraiment dépourvues une fois la bise venue. Dans mon village, il y a le choix entre l'auberge espagnole et la cour des miracles... Dans le même genre à Belle-Île, il y a la cité de la joie... 

Après une nuit blanche sans idées noires, je quitterai la France par le premier ferry... 

 

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23 avril 2018

Dimanche dernier...

St Denis, nord est d'Oléron, plage de La Boirie.

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Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours adoré m'enfuir, même si souvent ça ne fait rire que moi. Enfant déjà, je ne loupais jamais une occasion de me soustraire aux exigences de mes parents, d'échapper à leur vigilance...  Même chose pour l'école... Etc...

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Dans le fond, je n'ai jamais vraiment su m'arrêter et je n'en finirai jamais de me remercier pour cela. ;)

"C'est ça! Cache tes sourires triomphants vilaine!!!" 

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Ce jour là, j'avais besoin de prendre de la hauteur, sans doute la raison pour laquelle j'avais saboté le programme de ma journée. Le monde n'allait pas cesser de tourner de part mon absence et le mien ne s'en portait que mieux... 

Dans mon plat pays, il n'y a que les phares pour se rapprocher du ciel. Seulement, le désert hivernal est terminé: Vacances scolaires + Journée printanière = Trop de monde bordel!!! 

La foule humaine est surmontable avec un minimum d'effort, il suffisait juste de monter le volume de mes écouteurs et de ne plus m'imposer aucun regard. Fastoche...

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Sourires complices échangés avec une sale gamine qui fait ce qu'elle veut, qui s'en fout...chaque fois que c'est possible de le faire, quitte à forcer une fenêtre voire carrément défoncer une porte dans les cas les plus extrêmes. 

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Respiration... Contemplation...  

"Skyscrapers" (OK Go) en boucle au sommet du "Bagnard"... Purée qu'il est bon ce cri de la mort qui tue quarante mètres au dessus du vide! Une fois, deux fois, trois fois... 

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Contrairement à la montée, je prends toujours le temps de redescendre. Ça fait plusieurs mois que le choix de mes lectures s'oriente principalement vers des récits qui parlent de solitude, d'isolement en fond d'océan... La vie des gardiens de phare, de Cordouan jusqu'au Créac'h... Depuis peu s'est rajouté une fascination pour Giorgina Anzulata Reid, qui n'était pas gardienne de phare mais qui a voué sa vie à sauver celui de Montauk (New York) et bla bla bla... 

Alors en avant les histoires.... 

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Plus près du doux chant de l'océan, on entend plus les bruits parasites du monde. 

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L'extase fut à son comble lorsque le vieux gars en kilt croisé quelques minutes plus tôt s'est mit à jouer de la cornemuse quelque part vers là-bas... 

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"Amazing Grace" sur les dernières secondes d'une pensée anonyme, laissée ici le temps d'une marée... J'aurais pu l'accompagner les yeux fermés au ukulélé, mais je n'en joue plus en ce moment. Et puis voilà, si j'apprenais l'harmonica? Ça tient dans la poche un harmonica... 

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Pointe de Chaucre. Un peu plus tard... Un peu plus loin...

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L'heure des plages enfin désertes, au moins pour celles éloignées des principaux lieux touristiques. Libre à moi de bâtir une forteresse de pensées sans risquer de me faire engueuler par un connard m'accusant de ne pas respecter le littoral. Ensuite, j'ai tracé un SOS dans le sable, un message seulement destiné aux étoiles, plus particulièrement à celle qui brille pour moi...puisqu'il y en a au moins une. 

Assise en tailleur au centre de mon O devant mon bel océan j'ai attendu que le jour s'éteigne pour que la nuit s'allume. Il le sait bien lui, pourquoi moi je suis comme ça. 

"Sous la lumière en plein

Et dans l'ombre en silence

Si tu cherches un abri

Inaccessible

Dis toi qu'il n'est pas loin et qu'on y brille

A ton étoile..."

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Elles étaient si douces ces vacances en "été retrouvé". Les joies des jours passés entre les glaces au bord du fleuve et les pique-niques à la plus belle table du monde... Les enfants, les potes, l'Ami... La nature partout, tout le temps...

Un peu comme un retour vers une existence plus "conforme" peut-être, laissant ma vie sociale reprendre ses droits sur ma solitude. C'est bien comme ça... 

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"Toujours à l'horizon

Des soleils qui s'inclinent

Comme on a pas le choix il nous reste le coeur

Tu peux cracher même rire, et tu le dois

A ton étoile..."

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Fini de vivre pieds-nus et en short au rythme de nos envies... Demain retour au boulot pour une semaine suivie d'une autre de trois jours, puis d'une semaine de vacances... J'ai compté, je bosse à peine 14 jours en mai, ce qui me permettra d'aller en passer quelques-uns à Belle-Île... 

Si je ne me sens pas trop mal ici, je me sentirai encore mieux là-bas. 

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07 avril 2018

C'était la semaine dernière...

Lundi, mardi et mercredi en formation au CRA (Centre Ressources Autisme) de Poitiers...

Jeudi et vendredi au huitième colloque de l'ADAPEI79: "L'autisme à l'âge adulte: Pour une vision progressiste et une démarche d'accompagnement inclusive"... 

Cinq jours de solitude considérablement réduite, privée d'océan. Je l'ai plutôt bien vécu jusqu'à la pause du vendredi matin, fuyant "lâchement" les lieux une heure après celle du déjeuner en direction de la récompense surpuissante qui m'avait permis de braver cette affreuse semaine. Il y a des "Rendez-vous" qui ne se manquent pas...

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Le lendemain, l'océan retrouvé pour un week-end en famille, du chocolat au vent salé et la vie belle partout autour... 

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Un chien heureux malgré l'interdiction formelle de grappiller la moindre douceur empoisonnée!

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Je pensais vraiment pas que ça m'arriverait encore, d'aimer et d'être aimée par un autre chien... Mouarf! 

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Si je devais me représenter symboliquement sur un dessin, je me dessinerai forcément errant sur une dune ou une plage, en haut d'une falaise ou qu'importe, mais toujours avec mon chien. Seuls les animaux accompagnent ma solitude, par instinct j'agis comme la plupart d'entre eux, je fuis (un peu trop) les humains... 

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Scène de désolation après les tempêtes d'hivers...

Sur Ré, nos sapins contribuent au "renforcement" des dunes. Ça déculpabilise toujours un peu de penser qu'ils n'auront pas uniquement été coupés pour illuminer nos visages d'éternels gamins. Ici, ce n'est ni fait, ni à faire mais les dégâts seront bien évidement "dissimulés" avant la saison estivale.

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En trois petits mois, le littoral s'est anormalement modifié sur nos côtes. A certains endroits, le paysage semble...défiguré. Mais ça, c'est comme tous les cadavres qui s'échouent sur nos plages, ça n'effleure pas les gros titres de l'actualité. Bref, terrestre ou marine, la vie s'étiole et les colibris font ce qu'ils peuvent...

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Ce petit garçon, c'est le "mien"(le plus beau et le meilleur en tout). Concerné car "éduqué", il pourrait expliquer aussi bien que moi le phénomène de l'érosion... Ce jour là, armé d'un bâton dans chaque main, il défiait l'océan du haut de ses huit ans. Bien sûr que je suis allée l'aider à construire THE barrage qui allait retarder l'avancée de l'océan, peut-être même que j'y ai cru avec lui... On est partis avant que la marée ne détruise tous nos espoirs. 

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La dune n'est plus... La plage se meurt comme un peu partout sur la façade ouest de l'île, maissurtout ici à Grand Vi ainsi qu'à St Tro et Vertbois plus qu'ailleurs. Je resterai éternellement nostalgique de ces montagnes de sable qu'il nous fallait traverser chargés comme des bourriques heureuses avant d'atteindre l'océan... 

Aujourd'hui, plus rien n'existe, sinon les souvenirs. 

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C'est bientôt les vacances, j'ai l'impression que celles de février se sont terminées hier... Celles-ci auraient pu commencer aujourd'hui...si je n'avais pas passé mes heures de prépas à rire avec mes collègues, si je ne m'étais pas mis en tête de trouver (au moins) un trèfle à quatre feuilles chaque jour...

Si je ne pars pas à Belle-Île, c'est entièrement de ma faute... Je ne me suis pas organisée, j'ignore pourquoi je me suis fais ce coup là. Je m'en veux un peu, mais autant me pardonner plutôt que de m'en vouloir au point de me caillasser. C'est trop tard maintenant pour envisager de disparaître quatre ou cinq jours, bien fait pour moi. 

Le pire sera cette corvée familiale à laquelle je m'apprête à me rendre dans quelques heures. Mais bien sûr que je vais bien me tenir durant l'interminable repas d'anniversaire, je vais même être agréable avec mes belles-soeurs tout ça... Seulement j'ai réduit ma peine de moitié en me prévoyant là aussi une récompense surpuissante, alors faudra juste pas me chercher le lendemain et encore moins demander où je serai. Je suis libre moi et je les emmerde. ;)

Heureuses sont les brebis galeuses... 

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09 mars 2018

C'était la semaine dernière lors de la première date de la tournée du chanteur "meurtrier", devant une salle comble et comblée. Environ 1200 fans, principalement ceux de l'époque d' "Où veux-tu qu'je r'garde?", de "Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient), "Du ciment sous les plaines" et après et encore et encore... 

Cantat, on aime ou pas...ou plus. Certains ne lui pardonneront jamais, d'autres auront besoin de temps. Moi je me revois à seize ou dix-sept piges, la porte de ma chambre fermée à clef, Noir Désir à fond la caisse pour couvrir les cris de ma mère (que j'adorais faire chier)... Cantat, le grand frère de mon adolescence révoltée ne m'a jamais quittée. Renoncer à lui serait trop perdre de moi... 

Ce n'est pas parce que j'en ai rien à foutre de l'opinion des groupuscules "féminazis" qui s'acharnent sur lui que je cautionne les violences infligées aux femmes, d'ailleurs et sans prétention, personne ne pourrait dire cela de moi. Je n'excuse pas son geste, Cantat l'inénarable a commis l'irréparable mais je soutiens de ma présence un "plausible" retour à sa vie...

Il n'a jamais nié sa responsabilité, n'a pas fait appel au jugement, purgé sa peine puis s'est vu réduit au silence. Aujourd'hui, il reprend dans un souffle son métier de chanteur à l'âme condamnée à perpétuité. Je reste intimement convaincue qu'ils s'aimaient et que ce terrible drame est l'issue fatale d'une engueulade qui a mal tourné entre deux esprits torturés, dévastateurs, défoncés... Un amour passionnel qui a tué Marie et détruit Bertrand... La passion ça tue, c'est bien connu (surtout quand on est connu).

Je me souviens exactement de ce que je faisais cette nuit du 26 juillet 2003. J'étais au concert de Tryo, entourée de mes potes et de celui qui deviendrait le père de nos enfants. Je dansais pieds nus dans l'herbe vêtue de la robe à fleurs qu'il m'avait offert pour ce soir d'anniversaire, une bouteille dans une main et parfois un pétard dans l'autre. Et le lendemain, des sanglots dans ma gueule de bois. J'avais mal à mon idole... Plus tard, j'ai chanté avec Thiéfaine, qui lui aussi (tout comme Christian Olivier, Mano Solo ainsi que quelques autres inconditionnels) accompagnera ma vie jusqu'à ce que la faucheuse me coupe le son. 

"J'ai très souvent pensé à toi 
Depuis ce matin de juillet 
Où je t'ai vu traîner ta croix 
Pendant que les idiots causaient 
Le chagrin joue avec les lois 
Et les lois jouent avec nos plaies 
Les salauds sont pas ceux qu'on croit 
Quand tout bascule à l'imparfait 

Ronge tes barreaux avec les dents 
Le soleil est là qui t'attend 
Ronge tes barreaux avec les dents 
Tes amis deviennent impatients" (Télégramme 2003)

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Bien sur, j'attendais l'album avec impatience, la date de sortie prévue tombait telle une consolation le jour des soixante-dix ans de mon père. Pour patienter, "L'Angleterre" suivie d'"Anthracitéor", autre consolation au retour de Belle-Île. Et puis enfin, l'album en boucle, à fond durant des kilomètres...

Cantat me fait tomber à genoux et oui, je m'incline devant chaque ligne de son talent, aussi sombre soit-il. C'est comme ça et pour rien au monde je ne voudrais que ce soit autrement. 

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Aucun rassemblement pour s'opposer à la présence de "l'assassin", juste trois roses symbolisant la mémoire de Marie tenues par des femmes sous des parapluies devant l'entrée de la salle . Elles m'ont rendu mon sourire qui voulait juste dire  "Paix sur son âme et si possible dans le coeur des vivants". 

Son arrivée sur scène a été longuement ovationnée, autant par les battements de nos mains que ceux de nos coeurs... L'émotion était palpable entre l'Artiste et son public, quelques larmes impossibles à retenir... Les premières notes d' "Amie Nuit" m'ont vu disparaître pour vivre seule mes retrouvailles avec celui qui pour moi, restera le numéro un du rock français. 

Purée, ça m'avait manqué tout ça... Transportée loin au fil de la setlist, transcendée par un grandiose "Ange de Désolation" de Détroit, un "Amor Fati" de folie, un retour vers Noir Désir avec un presque timide "A l'envers, à l'endroit"... "Ma Muse" a suspendu le temps, surexcitation générale dès que le riff de "Tostaky" a retenti, suivi de "Ici Paris", "Lost"... "Anthracitéor" jusqu'entre les lignes... Et pour finir, "L'homme pressé" avant ou après c'est pas important, quelques autres puis "Le vent nous portera", pour ma part heureuse et en sueur jusqu'au bar. Faut bien se réhydrater...

C'est ma seule photo souvenir... Tous ces écrans levés sont une véritable source de pollution visuelle pour moi. 

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Certains brandissaient des affiches durant les moments de silence, comme celle-ci, photographiée au sol... Moi j'avais rien dans les mains, sinon mon coeur et "des fleurs de cavale"... Noyée dans la marée humaine, je n'éprouvais pas le besoin de revendiquer ma présence ou me faire remarquer plus qu'un(e) autre. Bon OK, j'avoue qu'avoir échangé un regard furtif à travers nos lunettes de soleil l'année dernière (dans une rue de Bordeaux) me laisse un souvenir à l'émotion impérissable... Tout comme cet autre regard levé sur mon prénom lors de la dédicace de l'un de mes bouquins par le groupe des "Têtes Raides"... Tout comme ce sourire "reconnu" échangé avec Howard Buten (qui lui n'est pas vraiment chanteur, plutôt un écrivain psychologue déguisé en clown musicien, mais un grand artiste quand même). Des petites secondes d'éternité... 

De toutes parts fusaient des retours positifs sur la prestation tant espérée, puis tant attendue de celui qui restera forcément le leader du groupe Noirdez d'une époque qui nous unit tous dans la nostalgie. Digne mais non fier, il a eu le courage d'oser se montrer à nous...égal à ce que nous savons de lui, et surtout égal à lui-même.  "Merci de votre soutien, je ne sais pas comment vous faites..." Moi non plus je ne comprends pas toujours pourquoi on m'aime... 

Avant de voir le meurtrier, je vois l'homme meurtri... Et faudrait lui jeter des pierres? Le condamner à l'exil? Au suicide? Lui plus qu'un autre? Putain elle est belle la morale française. Deux concerts déprogrammés à ce jour... J'ai mal pour lui à m'en coller la gerbe.

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L'intensité de l'intimité d'un concert de Cantat, rien que ça c'est déjà tout un poème... Son charisme, sa voix, si vibrante, bouleversante, qui résonne jusque dans mes ténèbres. Les différents jeux de lumières sur la puissance de sa poésie chantée, hurlée, implorée, murmurée qui devient silencieuse lorsqu'elle atteint ces parties dissimulées au plus profond de moi... Quand elle me permet de chialer un bon coup dans mes oubliettes ou de relever la tête pour marcher (à peu près) droit...

S'il y avait un concert à ne pas louper, c'était celui là. Au nom de tous les écorchés vifs, merci infiniment Bertrand.

Je compte les quelques jours avant d'assouvir mon envie d'encore... 

Si je me fais rare par ici (aussi), c'est parce que je traverse une période T.S.A... Je ne parviens plus à sortir des phares de la mer d'Iroise... Non c'est pas vrai. Si un peu... 

J'avoue que je me suis un peu laissée "envahir" par mes passions obsessionnelles... Je ne fais pas exprès de disparaître une fois tous mes devoirs bien faits. J'ai besoin d'être seule (et dehors) le plus souvent et longtemps possible, sinon j'étouffe. Et quand j'étouffe, je panique. Et quand je panique, je fais des conneries... 

C'est comme ça que je vis, pour l'instant. Et je vais... 

Putain, il est tard... 

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07 janvier 2018

Mais quelle consolation pour janvier que de commencer l'année avec une série de tempêtes!!! 

Bien sur, l'état de psychose aussi récurent qu'infondé depuis Xynthia s'était installé sur nos côtes, mais c'était juste une belle tempête d'hiver dans un contexte défavorable en raison des forts coefficients... A partir de 100 (sur une échelle graduée de 20 à 120), c'est une grande marée et la houle provoquée par les vents entraîne une forte élévation du niveau de l'océan (surcote), donc des risques de submersion du littoral. Évidement, avec de telles conditions météorologiques, il faut être complètement idiot ou ne plus rien en avoir à foutre de la vie pour aller se promener aux endroits les plus exposés. Ce qui n'est pas ou plutôt plus mon cas depuis mon avertissement "sans frais"... ;) 

Donc aux premières heures de l'année, Carmen m'aspergeait de ses dentelles au bout du monde de Ré. Elle m'a comblée de rafales sous l'orage, la pluie, la grêle...

Le deuxième jour, le vent soufflait moins fort au Pont du Diable...mais quand même. J'ai tenté quelques photos malgré l'humidité salée ambiante.

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Et puis j'avais emmené mon fidèle beau cabot, devenu assez robuste et puissant pour me suivre par tous les temps! 

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Entre deux averses, ça"bruinait" sans cesse, cette petite pluie fine et pénétrante mêlée d'embruns. A peine je sortais mon appareil que l'objectif était recouvert de gouttelettes... 

Invisible dans la boucaille, Cordouan, le paradis des Enfers bravait la tempête... Et moi je rêvais sur quelques lignes de Jean Paul Eymond dont le métier de gardien de phare à disparu avec son départ en retraite ("En quittant le phare, je quitte aussi une part de ma vie. Ce bâtiment qui, par sa grandeur a fini par s'imposer à moi comme une maîtresse de pierre et dont aujourd'hui j'ai tant de mal à me séparer"), saluant les rouges gorges d'un jeudi matin de 2011 etc... Aussi, j'enviais les techniciens de chéplukoi employés par le SMIDDEST (et non du Service des Phares et Balises comme les anciens) dont le rôle consiste aujourd'hui d'assurer une présence humaine ainsi que l'accueil des touristes en saison. Pour Eymond, chaque marche de Cordouan racontait une histoire... 

Avant, on aurait entendu les cornes de brumes qui berçaient mes nuits d'antan, mais ça aussi c'est fini... Il parait qu'un jour, les phares trop coûteux en entretien s'eteindront, mais ça je refuse d'y croire. 

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On a pris aucun risque contrairement au gars surpris par une douche qu'il n'attendait pas, moi si... Il n'a pas apprécié quand je lui ai lancé un "Ça se voit que vous n'êtes pas du coin" moqueur et peut-être bien qu'il m'a traité de connasse en s'éloignant. Ben oui, j'aurais pu le prévenir, mais il ne risquait aucun danger et peut-être que ça lui sauvera la vie une prochaine fois.

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Au bout de deux heures, j'étais déjà bien trempée. Après une arrivée toute sauf discrète dans la seule brasserie ouverte de la grande côte, j'ai pu me réchauffer quelques minutes devant un bon grand café après avoir abandonné mon chien dans le coffre de ma voiture. Maintenant, il ne hurle plus à la mort de mon départ jusqu'à mon retour, c'était pourtant pas gagné... 

Mon appareil photo n'est pas équipé pour la pluie, j'aurais au moins essayé de le protéger. Un bidouillage totalement inefficace mais bon...   

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 Ensuite, direction le grand phare de La Coubre. 

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Je n'y étais pas venue depuis l'année précédente! ;)

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Mon Diable! Le doux chant des oyats... 

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Néo s'éclatait dans les vagues...

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Et je regardais l'océan effacer les traces de notre passage...

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La marée montait inexorablement, avalant la plage. Les vagues venaient lécher le pied de la dune, et refluaient en emportant le sable avec elles. Le mécanisme hivernal de l'érosion marine est lancé, quand les tempêtes sont répétées, la dune se fait littéralement dévorer...

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Et parfois, des silhouettes mystérieuses surgissent durant à peine une demie fraction de seconde... 

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Néo assistait aussi impuissant que moi à l'effondrement de la dune...

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Cette dune qui bientôt...

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...ne protégera plus le plus haut des phares charentais. Construit à environ 1800 mètres du rivage en 1905, il n'en est plus qu'à 150 aujourd'hui...  Ici la côte est soumise à une érosion très prononcée, c'est flagrant d'année en année.  

L'avant dernier phare s'est effondré en mai 1907, la veille de sa démolition... Puis le sémaphore en 2003, dont il ne reste plus que le socle.

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Le phare de "Bonne Anse" est donc le quatrième sur la pointe de La Coubre. C'est un grand phare d'atterrissage, le deuxième plus puissant de France (après le Créac'h) mais le seul à posséder une "barbette" (feu secondaire). Il assure un rôle fondamental pour le trafic maritime en signalant (avec le Roi des phares) l'entrée de l'estuaire de la gironde par la Grande Passe Ouest, facilitant ainsi le contournement des secteurs des bancs de sable comme La Flèche et surtout de La Mauvaise, responsables de nombreux naufrages. 

Seulement, il n'échappe pas à la menace de l'avancée de l'océan. S'il est vrai que les marins n'en ont plus vraiment l'utilité (en raison de l'évolution des techniques de navigation), il n'en reste pas moins notre patrimoine, mais pas que... Parfois, je me provoque des crises d'angoisse en imaginant qu'il subisse le même sort que ses précédents. L'évolution est imprévisible, on peut espérer des périodes "d'ensablement" mais l'océan continuera inévitablementd'avancer, la dune de reculer... Avec le réchauffement climatique, les tempêtes deviendront de plus en plus fortes et dans une vingtaine d'année (ou moins putain!!!),  le phare "gaugera"... A moins qu'il ne supporte la pression que la dune exercera contre lui... Les pires scénarios sont envisageables, ce qui ne l'est pas, c'est que j'assiste à l'effondrement de l'un de mes symboles. Alors j'espère qu'il va tenir debout encore longtemps et que ma lumière s'éteindra avant la sienne. 

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La marée était presque haute, il me tardait de voir l'océan régresser pour que la dune cesse de souffrir sous les déferlantes... 

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Il suffit de tellement pas grand chose pour se construire une cabane... J'étais trempée des pieds à la ceinture et mes cheveux dégoulinaient sur mes épaules. Quand on grelotte le martyre, il faut rentrer au chaud ou...trouver des solutions pour se réchauffer. Ça m'éclate de faire des trucs insensés lorsque je suis seule et puis ça faisait aussi rigoler Néo, ravi de partager mon petit coin de paradis...;)

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Les oiseaux avaient déserté la côte, seulement quelques goélands, quelques colonies de tournepierres...et moi. Le vent donne des ailes, il suffit de fermer les yeux, de tendre les bras et d'attendre une bonne bourrasque pour s'envoler... 

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J'ignore pourquoi les tempêtes m'apaisent autant... 

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Sans doute parce que mes errances solitaires s'accordent plutôt bien aux scènes de désolation. 

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Je pourrais marcher des heures dans la tourmente, comme anesthésiée ou défoncée au vent salé... 

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Retour vers le phare, juste quelques minutes avant son premier éclat, marcher dans l'écume...frigorifiée.

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Un bouquet d'anatifes se cramponnaient durant une croisière houleuse... Ils ne faut surtout pas les confondre avec les pouces-pieds, qui eux sont consommables (seulement en cas de survie pour moi). Pour ne pas se planter, il faut se rappeler que les anatifes se fixent aux objets déchets flottants tandis que les pouces-pieds vivent sur les rochers. 

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Il n'y a pas de plus belle symphonie que celle du vent mêlé à la colère océane. Il n'y a pas meilleur remède que la houle pour adoucir le vague à l'âme...

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Un coup de tonnerre a annoncé la pluie, qui subitement s'est mise mise à tomber en rideau, suivie de quelques vers de Cantat, comme ça dans le vent...

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Le lendemain, je n'aurais pas du aller constater les dégâts sur Oléron... Pas seulement parce que la vision de Gatseau dévasté m'a désolée, ni parce que la digue de la Gautrelle a encore cédé ou que les dunes de Vert Bois n'existent plus etc...mais parce qu'une troisième journée à gauger m'a clouée les deux jours suivants au fond de mon lit. 

Aujourd'hui, j'étais de nouveau en forme (de quoi?) pour offrir une magnifique balade d'anniversaire à mon cabot. L'année dernière, Néo venait de naître, Bazil allait mourir...

Pour mon plus grand plaisir, les vacances de noël auront été bercées par les vents... Voilà,  dans quelques heures c'est déjà la rentrée. Je serai contente une fois que j'y serai, mon boulot c'est un peu comme une seconde famille.  

Accablée par le nombre des bonnes résolutions qui s'imposaient devant moi, je me suis dit qu'il valait mieux n'en prendre aucune. J'espère seulement que 2018 m'offrira quelques opportunités de me dire: "Et puis merde! On a qu'une vie!"

Et c'est ce que je souhaite pour tous, soyons fous (autant que faire se peut). 

Oui.

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25 décembre 2017

Chaque année depuis ma naissance, mes anges de Noël prennent place dans le sapin chez mes parents. 

Chaque année, lorsque je les regarde sans pouvoir m'empêcher d'y toucher, des souvenirs de Noël heureux me reviennent à l'esprit. 

Le premier jour de décembre, Papa a soufflé sur ses soixante-dix bougies, contrairement à lui, je l'ai plutôt mal vécu... Alors cette année, j'implore mes anges de m'offrir encore de nombreux Noël auprès de mes parents, dans la maison de mon enfance. Comme ce soir...

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Il y a aussi des décorations qui me tiennent à coeur dans mon sapin, comme ce "p'tit piaf dans sa bulle" offert cette année par une amitié qui revient de loin. Sept ans d'absence dans sa vie, sept ans d'inexistence dans la mienne... Depuis cet été j'essaie de me dire que son retour est une bonne chose, aucune autre n'aurait pu combler la place qu'elle avait laissée vide à mes cotés. 

Alors parfois, on se retrouve pour un resto ou un ciné, pour une marche de 10 km sous les étoiles, pour une cuite au bistrot du village... 

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C'est la première année que mon fils ne croit plus au Père Noël mais ça ne l'a pas empêché de faire une liste à rallonge... ;)

J'ai toujours eu tendance à trop gâter mes enfants sans pour autant en faire des tyrans. Dans quelques heures, je serai une maman comblée sous leurs cris de joie, leurs gros câlins d'amour... J'oublierai pour un instant cet inévitable long trajet qui me privera encore une fois d'une vraie journée de Noël à jouer avec eux... 

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On ne partira pas avant d'avoir construit le bateau de pirate Playmo et le commissariat Légo... ;)

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09 décembre 2017

 Enez ar..

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Ça faisait déjà quelques mois que je racontais ma Belle-Île à Néo! Parfois avec un petit "pansement" au coeur, j'aurais tellement aimé y emmener mon vieux Bazil juste une toute petite fois... Cela dit, j'avais du mal à contenir ma joie depuis que le Vindillis avait quitté le continent... 

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Premier rituel, l'achat des livres qui me permettent de compléter sans cesse mes connaissances ainsi que le rayon de ma bibliothèque consacré à Belle-Île. Comment expliquer que je suis incapable de me les procurer ailleurs que là-bas, allant même jusqu'à les commander sous le nom finistérien de mon arrière-grand-mère maternelle.

Cette fois, principalement des ouvrages concernant l'histoire des Acadiens (un tiers des bellilois sont d'origine acadienne) dont l'"Évangéline" de Longfellow mais surtout celui-ci pour remplacer l'ancien (emporté tragiquement par la marée cet été), ainsi que d'autres irrésistibles...pour l'hiver. 

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Il ne restait plus que trois cailloux posés sur la très ancienne croix de chemin (de Port-Salio) qui orne la tombe de Marie-Évangéline-Prudence Jouan. Enfin surtout un, puis deux, ce qui en faisait quatre au final... Mon précieux d'écosse est perdu à jamais et je ne suis pas sûre de revoir celui cueilli spécialement pour elle en Irlande. Je ne sais pas pour les autres, mais ces "offrandes" sont pour moi une façon de la remercier de m'enseigner l'île à travers l'espace et le temps. 

Son corps repose auprès de son mari le commandant Couraud, mort trente ans après elle. Son âme plane à quelques battements d'ailes de là, entre grève et ciel. 

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Nous avions loué une jolie maisonnette à Lokmaria-ar-Gerveur, le point culminant de l'île (symbolisé par la croix du Run aux alentours de Borvran) entre la pointe d'Arzic et celle de Kerzo. Coté salon et chambres, c'était l'océan à perte de vue. Home breizh home...

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De l'autre coté, vue sur les toits en ardoise et le clocher de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption ou "Notre-Dame-de-Bois-Tors" selon la légende probablement déjà racontée quelque part sur ces pages...  

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C'est la plus ancienne de l'île, c'est aussi et surtout la seule dans laquelle je me rends régulièrement pour cramer des cierges à deux balles pour ma grand-mère, paternelle cette fois. 

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Il faut dire qu'elle est magnifique, de part son architecture, son histoire, ses ex-votos, son silence tout ça... Quand je m'y retrouve la seule âme qui vive, il m'arrive de ne pas retenir quelques petits délires à la con du genre me faire foudroyer par la grâce de Dieu, là comme ça d'un coup... Ou bien de m'avouer mes pires conneries dans le confessionnal... Me recueillir sur "Danse sur le feu Maria" (Noir Désir) à m'en faire vibrer les tympans, le coeur et les tripes... Etc... Bref, pas de quoi hurler au blasphème (qui ne concerne jamais Dieu mais l'offense subie par celui qui croit en lui...et patati et aussi patata), je ne dérange absolument rien ni personne avec mes conneries. C'est bien connu, l'âge est un chiffre et la maturité un choix.

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Je m'endormais tard, la fenêtre ouverte, bercée d'océan si près. Je m'éveillais en douceur sur les plages où j'aime voir le soleil se lever, puis je revenais déguster une Ricoré au lait tiède, en bas sur les plages de Port-Maria ou Port-Blanc. Après une douche, je disparaissais de nouveau, la belle vie purée! Je n'imposais mon rythme à personne, les enfants profitaient de leurs nouveaux copains bellilois, leur musicien de père répétait sur sa batterie électronique...et je revenais toujours pile à l'heure pour nos départs en joyeuses randonnées! 

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Mon chien a maintenant 11 mois, il déborde d'énergie. En dehors des qualités inhérentes à sa race, son caractère est différent de celui de Baz et c'est très bien comme ça. A chaque époque son chien... On attendait l'arrivée de l'automne presque avec impatience pour enfin nous balader librement sur nos îles et nos plages, mais aussi les bois, les marais et les rives du fleuve qui font nos décors. Marcher toujours...courir quand ça suffit pas.

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J'étais quand même un peu parano pour sa truffe à cause des méduses pélagies et des physalies (cousines des méduses) qui venaient s'échouer avec les marées. Les premières sont très urticantes et je sais de quoi je parle. Les secondes reviennent de plus en plus nombreuses sur la façade atlantique depuis quelques années. La plupart des ces beautés translucides avaient perdu leurs filaments mais j'étais suffisamment informée pour savoir qu'il valait mieux admirer leurs couleurs allant du bleu au rose violet...de loin. Les enfants aussi.  

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J'ai fait peu de photos, j'ai surtout mitraillé mes mômes afin de remplir leurs albums d'enfance heureuse sur "l'île de maman". J'avais emprunté des jumelles pour observer les oiseaux de loin si près et je me demande comment j'ai pu m'en passer jusque là!?! Du coup, j'ai commandé de vraies jumelles "d'ornithologue" au Père Noël! Une nouvelle lubie? Pas du tout, les enfants du ciel sont les compagnons de ma solitude. Je supporterai mieux le-calvaire-annuel-du-traditionnel-repas-du-25-décembre-avec-ma-belle-famille-au-fin-fond-de-la-campagne-stéphanoise avec des mes jumelles...et mon chien. J'ai épuisé toutes les excuses à deux balles "plausibles" pour m'épargner cette corvée familiale, alors autant que je commence à organiser ma survie.

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Forcément, là bas l'automne resplendissait plus qu'ailleurs... J'aime le panorama sur l'enchevêtrement de promontoires et de criques de cette partie de la côte sauvage, entre  la vertigineuse pointe du Skeul et celle de PouldonLieu de nombreux naufrages (hanté par des âmes légendaires) mais qui regorge aussi d'endroits insolites et secrets pour ceux qui se donnent la peine de les chercher...durant des pages et des heures. 

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C'est une balade assez "sportive", les falaises sont entaillées de vallons encaissés particulièrement abrupts pour certains. Malgré la beauté du paysage, il vaut mieux regarder où on pose les pieds... 

Toute petite au loin à gauche, l'une de mes (peut-être) futures maisons, puis les murets de pierre qui connaissent mes talents d'équilibriste, la grotte où le Porthos de Dumas est mort ainsi que le rocher du Pilor, si petit vu d'en haut.

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C'est par la nuit brumeuse du 3 décembre 1746 que le "Prince de Conti" s'est échoué (au retour de son voyage inaugural) au pied de la falaise de Port Lost-Kah. Toutes les sources sur ce naufrage pointent une faute de navigation du capitaine "machin truc" Bréart de Boisanger D'importants moyens furent mis en oeuvres afin de récupérer la cargaison du navire qui transportait du thé, du bois, des soieries mais surtout des porcelaines de chine et des lingots d'or! D'ailleurs, il parait que ces derniers n'ont pas tous été retrouvés, ce qui explique l'intérêt des plongeurs pilleurs à s'acharner sur l'épave qui repose sous une dizaine de mètres de fond.

Aujourd'hui, il reste les vestiges d'une cloche à plongeur (l'ancêtre du scaphandre) ainsi que l'escalier taillé dans la roche qui facilitait l'accés au navire. Bien sûr que je ne m'y suis pas risquée... Tout comme je ne suis pas retourner me nicher dans la grotte de l'Apothicairerie. Non non non... 

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J'étais déjà passée près de lui sans soupçonner son existence, cheminant chaque fois dans le même sens... C'est vrai qu'on ne sait pas grand chose sur '"L'homme de Port-Coter", cette si mystérieuse silhouette figée dans la roche... Les quelques bellilois interrogés n'avaient pour la plupart jamais entendu parler de lui, les autres n'en savaient pas plus que moi. 

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On ne sait rien non plus sur l'auteur de cette oeuvre apparue dans les années 80, ni le pourquoi du comment il a creusé cette empreinte humaine (d'environ 1m50) dans ce bloc de schiste recouvert de lichens... Il parait que l'homme de Port-Coter aurait un jumeau quelque part dans les Alpes. Ça me plaît d'y croire pour finalement m'inventer ma propre histoire... Après tout, pourquoi l'homme de Port-Coter ne serait-il pas une femme? 

Je n'ai pas fini de revenir me glisser au creux de cette ombre anonyme... ;)

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Le trou de Vazen, près de la pointe du Grand Guet et des Îles Baguenères. Maintenant, il est sécurisé par un garde-fou car l'érosion entraîne régulièrement des éboulements. Dans une poignée d'années il formera une anse de plus dans le paysage. Ici (comme partout sur la côte sauvage), les tempêtes sont magnifiques surtout les jours de forts coefficients, quand les déferlantes s'écrasent au sommet des falaises et jaillissent en geyser du cratère de l'enfer... 

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Un très bon spot pour ceux qui ne sont pas nés de la dernière marée. Lors de la dépression Gerd en janvier 2016, il n'était pas question de ramper trop près du trop tard... L'océan pardonne rarement aux inconscients, le 28 octobre 2013, une femme a perdu la vie ici durant la tempête Christian. Reste un cairn érigé en sa mémoire, quelques fleurs à chaque anniverciel... R.I.P Perrine.

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C'est la maison de mes rêves, loin devant la villa Jade... L'ancien fortin de Sarah Bernhardt idéalement situé sur la Pointe des Poulains. Elle y a vécu durant les trente derniers étés de sa vie et je m'y verrai bien vivre le reste de mes hors-saisons. Parfois, je traîne après le dernier rappel annonçant la fermeture du musée en espérant m'y faire oublier...mais non. 

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De cette petite plage tout près du phare, on aperçoit l'atelier que la "Dame de Penhouët" avait fait bâtir pour son fidèle grand ami, le peintre Clairin (mort à Belle-Île). Plus j'en apprends sur ce curieux binôme et plus il me renvoie étrangement à celui je forme avec l'Ami. Nous sommes au moins aussi illuminés qu'ils l'étaient...voire pire. Heureux sont les fêlés... 

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Bien sur, je suis venue déambuler sur le Finis Terrae de l'île au minimum une fois par jour, par nuit aussi...  

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Durant des années, j'ai contemplé l'"Avis de coup de vent sur Les Poulains" de Plisson sur le mur face à mon lit. J'ai déménagé des tas de fois, aujourd'hui encore ce tableau n'a jamais changé de place. Je considère les phares qui bordent mes côtes comme des personnages à part entière, j'ai grandi près de leurs présences bienveillantes, de jour comme de nuit. J'aime croire que mon coeur avait élu ce phare bien avant que je ne sache ce qu'il représenterait un jour dans ma vie. 

Du coup, je sais (presque) tout de lui et lui de moi.  

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Il parait que les phares gardent un morceau de soleil couchant pour le rendre à la nuit. C'est ce qu'on raconte aux enfants qui grandissent le cul dans l'océan...

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Contempler la fin d'un jour, confortablement installée sur les dures arrêtes de schiste d'un rocher sculpté par le ressac... Inspirer profondément ce lieu sacré au parfum d'absolu... Confronter sereinement l'insignifiance de mon existence à l'infini sous les couleurs indéfinissables du ciel... Penser que ma présence a autant d'importance qu'un grain de sable... 

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A chacune de mes escales, mon paradis bien aimé si bien nommé m'apparaît comme un perpétuel terrain de découverte à la fois complexe, mystérieux, émouvant... Je ne me lasse pas de l'explorer (en long, en large, en travers et surtout sur les bords), suivant les lignes de quelques pages, les paroles de quelques conversations, les photos de quelques anonymes, les âmes de quelques légendes... Un jour, j'en saurai tellement sur cette île que j'y crèverai comme si j'y étais née. 

On impose pas une vie d'insulaire à ceux qui ne l'ont pas choisi. Quand mes enfants s'en iront vivre leur vie, j'irai vivre plus près de la mienne. Plus le temps passe et moins je doute que ma fin s'écrira là-bas, sur l'Île de la Consolation. Enfin, si d'ici là, je ne meurs pas dans un accident de la route, ou victime d'un attentat, ou foudroyée par une maladie incurable, ou assassinée par un psychopathe etc...

En attendant, je reste là. Ça va, c'est pas l'enfer non plus... 

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...mais je ne tiens plus trois jours sans me tirer à la plage. ;) 

 

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27 octobre 2017

J'étais revenue d'Irlande avec la furieuse envie de vivre fort et devant, un peu comme une cigale déguisée en papillon aux pays des fourmis. Et c'est ce que j'ai fait, en prenant de l'avance sur l'été et du retard sur la rentrée... 

Aujourd'hui ma vie a repris son cours "ordinaire" et ma liberté ses cases bleues sur l'emploi du temps du quotidien...  Chaque jour, j'accomplis ce que le monde attend de moi en consacrant les trois quarts de mon temps à ma vie familiale, professionnelle et sociale, le reste m'appartient. 

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Alors je contemple toujours l'océan, je me ressource au plus près de la Nature avec mon beau Néo chien. J'ai la tronche dans mes bouquins, ma musique, mes films, mon ukulélé, tout ça... J'approfondis en solitaire les nouveaux horizons qui se sont ouverts à moi dernièrement. En fait, je me complais dans mes "intérêts restreints", c'est exactement ça. ;)

Voilà, je me laisse survivre...doucement...mais sûrement. Je chemine en paix depuis que mes petits pas sont allés planter un drapeau blanc quelque part sur la Giant's Causeway. Et ça se passe, plus rien ne bouge... 

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Ma dernière escale sur l'île de la Consolation remonte à la mort de Bazil. Demain, j'y serai avec Néo pour une semaine en famille. Une maison avec un jardin ouvert sur l'océan et la vie rêvée partout autour. Nous, eux.........mon chien et moi. 

Qui voit Molène voit sa peine... Qui voit Ouessant voit son sang... Qui voit Sein voit sa fin... Qui voit Groix voit sa croix... Qui voit Belle Île cingle sans péril.

 

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05 juillet 2017

L'Irlande... Au début, c'était loin d'être gagné, voire même plutôt bien mal barré...

Pour commencer, j'ai pleuré toutes les larmes contenues au dessus de Ré en survolant Belle-Île sans parachute. Puis j'ai vomi tout ce que je n'avais pas mangé dans les toilettes de l'aéroport pour ensuite rester prostrée à me tordre le bide toute l'après-midi dans ma chambre d'hôtel: "Allo maman, j'ai le Lapin Dicite en crise!!!"  

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Finalement, au lieu de rapatrier en urgence l'intégralité de ma connerie en France, je m'en suis remise à mes petits pas...qui m'ont naturellement conduite au comptoir du Temple Bar. Ben voyons... ;) 

Personne ne reste seul dans ce pub mythique de la ville, quelques instants plus tard, je trinquais, chantais et dansais avec tout le monde...comme tout le monde. C'est parmi tous ces humains bien vivants que j'ai rencontré Daman, un drôle d'oiseau qui s'est comporté comme un frère envers moi en me prenant sous son aile dublinoise.  

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Dublin est une ville qui ne dort jamais, il faut dire que je n'y ai pas beaucoup dormi moi non plus. Tout est à voir, à savoir surtout avec un guide qui porte l'histoire de son pays dans son coeur et qui chante solennellement une chanson traditionnelle devant chaque monument. 

J'ai pris quelques photos polluées par une foule incessante qui n'a pas sa place sur mon espace...

Une vue du Samuel Beckett Bridge en forme de harpe celtique, dessous the River Liffey qui se jette dans la mer d'Irlande, au second plan le port de Dublin.

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Il y aurait tant à montrer de Dublin, mais c'est le mémorial en hommage aux victimes de la grande famine qui m'a le plus émue, et ce n'est pas peu dire...

Cette oeuvre représente l'un des moments les plus tragique de l'histoire de l'Irlandaise (Potato Famine). Entre 1845 et 1849 plus d'un million de personnes sont mortes de faim, deux autres millions furent contraintes à l'exil pour survivre. 

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J'ai ressenti une immense souffrance en croisant ces sculptures de bronze réalisées par Rowan Gillepsie. Le temps semblait comme suspendu entre elles et moi...

J'ai longuement déambulé autour de ces silhouette décharnées aux détails atrocement réalistes... Je ne sais plus vraiment si j'ai serré chacun de ces corps amaigris dans mes bras ou si je me suis juste imaginée le faire. En tout cas, j'ai capté la souffrance figée sur leurs visages déchirés par la faim, le désespoir de leurs regards terrifiés, l'expression de leurs mains...

J'ai toujours eu un faible pour les "Souffrants", l'un d'entre eux inspirera mon prochain durant le stage chez les Pierreux cet été. 

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A l'aube d'un nouveau jour, j'ai quitté Dublin pour rejoindre l'ouest du pays. Seule, déterminée, confiante et souriante! 

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Mon "plan d'action à deux balles" comportait deux objectifs prioritaires à atteindre, l'un d'entre eux était d'aller me percher au sommet des Cliffs of Moher à Lisacanor au sud ouest du Burren, dans le compté de Clare.

Les plus belles falaises d'Irlande, longues de huit kilomètres et s'élevant parfois à plus de deux cents mètres au dessus de l'atlantique avec vues sur les îles d'Aran et la baie de Galway (ainsi que les très lointaines montagnes du Connemara par temps clair).  

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Le spectacle était intense, j'étais au paradis des oiseaux! Les merveilleux fous de Bassan (bien moins nombreux qu'en Écosse), les petits mignons macareux moines, les razorbills ainsi que tous les frères de mon atlantique... 

Confortablement installée dans mon nid de verdure, je ne me lassais pas de planer au dessus des géantes rocheuses. Il me suffisait de quelques battements d'ailes pour m'élever dans le ciel et contempler une vue plus vaste sur le reste de ma vie. 

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Plus tard, cette terrasse sur l'océan avec "Eusa" à fond dans les oreilles pour occulter totalement les quelques humains courageux présents à moins de vingt mètres de moi. 

Au loin, on aperçoit O'Brien Tower, évitée car prise d'assaut par trop de touristes... Une touriste moi aussi?! Pas du tout, j'étais une aventurière! ;)

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Je n'allais pas me refuser le plaisir suprême de jeter ma tête dans le vide en prenant bien garde de laisser le reste de ma carcasse en sécurité sur la terrasse. C'était vertigineusement bon, si bon...

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Plus loin, ce balcon juste pour moi... J'étais à seulement un petit pas d'une mort certaine seulement j'avais pas du tout envie de mourir même pour de faux. 

J'ignore combien de temps je suis restée ici, à regarder le bouillonnement d'écume des vagues qui s'échouaient contre la paroi abrupte de la falaise, à me complaire dans l'instant présent... 

"Frôler la mort n'est rien. Passer à côté de la vie est beaucoup plus grave". (J.J Thibaud)

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Le désert du Burren est une vaste étendue de clints (blocs de calcaire) et de grykes (fissures). Un paysage lunaire à perte de vue et merveilleusement bien décrit par Oliver Cromwell (un dictateur anglais responsable de la mort de milliers d'irlandais et d'écossais): "C'est une région où il n'y a pas assez d'eau pour noyer un homme, pas assez de bois pour le pendre, pas assez de terre pour l'enterrer".

Je comptais me perdre loin mais...

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 ...un petit pas de travers le nez en l'air et patatra, du sang et quelques larmes sur le coup. Calmée par cette méchante gamelle, il n'était plus question que je m'éloigne de l'océan pour atteindre l'un des points culminants du plateau. ;)

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Une terre hostile, mais fertile, un peu comme aux Poulains de ma si Belle-Île. Partout, la nature s'épanouit entre les roches, je n'ai pas croisé de gentiane (fleur emblématique du Burren) mais de la bruyère, du lotier corniculé, une espèce de géranium et d'autres belles toujours inconnues à ce jour...

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J'étais fatiguée ce jour là. Si je n'ai besoin de personne pour nourrir mon esprit, j'ai besoin de quelqu'un pour "cadrer" mon alimentation... Je n'ai même pas été foutue d'avaler le minimum promis à mon mec, qui n'était pas surpris de me retrouver avec "quelques" kilos en moins. C'est pas que je suis incorrigible, c'est que je suis incurable...et surtout que je m'en fous. ;)  

Selon la légende, ce désert de rocaille proviendrait de l'engueulade d'un couple de géants défoncés vivant sur la lune. Bref, c'est rare quand une légende ne me fait pas rêver... 

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A ce stade de mon voyage, je me sentais aussi légère qu'une plume rouge portée par le vent. Je savourais ma solitude le jour autant que je me joignais aux joyeux de la nuit... Après Dublin, Doonies, Galway et ses alentours, j'étais motivée pour rejoindre Belfast afin d'atteindre mon second objectif. 

J'ai vécu intensément sans jamais rien me refuser, plus libre que jamais avec toujours l'étrange sensation d'oeuvrer pour mon avenir. Symboliquement, j'avais franchi ma ligne d'arrivée, debout et persuadée que j'y serai parvenue même en rampant. J'ai fait le tri de la cave de mon coeur au grenier de mon cerveau, tiré un trait sur ce qui était achevé. J'avais besoin de retrouver la foi en moi, d'évacuer mes pensées négatives afin d'envisager un nouveau départ, avec mon meilleur qui n'ira jamais nulle part sans mon pire accompagné de mes forces pour soutenir mes faiblesses...que ça plaise ou rien à foutre.

Cette "expédition" était une étape charnière dans mon long processus de résilience, je suis peut-être partie en chialant mais je suis revenue triomphante. 

Depuis mon retour, j'existe vite et fort dans cette vie qui ne se lasse toujours pas de me sourire quand je ne lui fait pas la gueule... Canicule ou mousson, c'est l'été, c'est l'envie qui reprend vie. 

Oui...

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01 juin 2017

Trois regards posés sur un même pissenlit.

Trois photos pour une histoire sans paroles...

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C'est parti pour l'Irlande.

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